jeudi 26 juillet 2018

Lettre à la jeune maman expatriée (première partie)









On ne se connaît pas. Ce soir, j'ai pourtant envie de te parler, toi, jeune maman expatriée. Te raconter mon histoire, me la raconter à nouveau. Parce que sans prétendre avoir été dans tes souliers, nos situations et personnalités étant différentes, je souhaite que ce billet t'apporte un certain réconfort alors que quelque part dans le monde, tu te sens peut-être un peu seule, parfois.

18 années se sont écoulées depuis notre vie à l'étranger.  Pourtant, les souvenirs que j'en garde sont encore si frais, même si cela semble parfois être une éternité. Je suis arrivée à Hong Kong, Chine, le jour de mes 28 ans. Un amour tout neuf, une aventure hors du commun se présentait à nous sur un plateau d'argent. J'avais un grand besoin de changement dans ma vie. Alors là, j'ai été servie ! J'ai encore de la difficulté aujourd'hui à mettre des mots sur la fébrilité qui m'habitait, le soir de mon arrivée. Un tsunami d'émotions...excitation, peur, extase, bonheur de retrouver Thierry après plus de 2 mois, une soif d'apprendre sur cette culture, une envie de découvrir le monde, en quête de liberté...c'était pour moi surréel de vivre une telle expérience.  Tout s'était passé si vite: la rencontre de Thierry lors d'un voyage au Cap Hatteras, Caroline du Nord, en mai, l'annonce de son départ pendant l'été, il est parti à la fin août.  Le temps de régler quelques trucs, je suis arrivée le 12 octobre,le jour de ma fête.


À l'automne 1999, j'ai tout laissé derrière afin d'aller retrouver celui qui, à peine 4 mois plus tôt, est entré dans ma vie. Thierry avait appliqué sur un poste à Hong Kong, en Chine. À notre grande surprise, cet été-là, il a appris qu'il avait obtenu le poste et tout s'est mis en branle très rapidement. Nous nous connaissions à peine.  Au bout du monde, on vivait une véritable lune de miel. Nous avons décidé ensemble, en novembre, d'essayer d'avoir un enfant. Je suis tombée enceinte le mois suivant ! Je te dirais que c'est à ce moment que j'ai réalisé que plus jamais je serais seule. J'allais me dévouer corps et âme pour notre enfant, le protéger telle une lionne et surtout, l'aimer inconditionnellement. J'adorais être enceinte.  Sentir ce petit être grandir en moi, voir mon corps se transformer et enfin, on va se le dire, avoir plus de seins !  Je te mentirais te dire que je n'étais pas terrorisée, en même temps.  Accoucher à l'étranger, sans famille ni amis, me faisait peur. Quand c'est ton premier enfant, il y a tant à apprendre...
Nous étions au septième ciel.  Un amour naissant, une terre d'accueil à explorer avec une culture et des paysages si différents que le Canada, une grossesse qui se déroulait à merveille. Mon statut ne me permettait pas de travailler car nous n'étions pas encore mariés. J'avais donc tout mon temps pour visiter, penser à moi, écrire dans le journal offert par ma famille avant mon départ...beaucoup de temps pour penser, socialiser avec de nouvelles connaissances dont certaines allaient devenir de véritables amies. 

Ce temps, aussi précieux était-il, ce temps, celui que je réclame haut et fort tout spécialement dernièrement, et bien il m'a joué un vilain tour...   Thierry travaillait énormément alors les moments passés ensemble étaient plutôt rares.  Il devait travailler le samedi matin et arrivait rarement à la maison avant 20:00 les soirs de semaine.  

En 1999, il n'y avait pas de Facebook ni d'Instagram.  J'en ai écrit, des lettres !  Quelques courriels aussi, mais rien ne me réconfortait plus qu'entendre les douces voix de mes parents au téléphone. Les mois passaient, la bedaine poussait, et moi, je m'ennuyais ! Maintes fois, j'ai regardé les avions passer en souhaitant être à bord...  Mes amis du Canada me manquaient énormément. Par chance, une amie est venue passer 3 semaines.Ça m'a fait le plus grand bien ! 

J'ai toujours rêvé être une maman. Par contre, jamais je n'avais imaginé aller habiter à l'étranger et encore moins m'y marier (en février suivant) et devenir maman expatriée à 28 ans. Je n'avais jamais pris l'avion avant ce grand voyage ! Que de chamboulements en si peu de temps...  beaucoup de questionnements, d'insécurité aussi.  Comment allait-on y arriver sans famille et amis proches ? J'allais passer 2 mois au Canada durant l'été et Thierry allait venir me rejoindre le dernier mois. Les plans ont changé.  Mon niveau d'anxiété était plutôt élevé...Nous avons décidé d'un commun accord qu'il serait préférable que j'accouche au Canada, entourée de ma famille et amis.  Alors Thierry est reparti seul pour Hong Kong, en sachant qu'il allait manquer la naissance de son fils en septembre. On s'entend que la Chine n'est pas à la porte ! Cette décision a certainement été l'une des plus difficiles de ma vie.  Je suis passée par toutes les gammes d'émotions, cet été-là.  Je me sentais égoïste, je n'avais pas le droit d'enlever ce moment si précieux à Thierry.  D'un autre côté, retourner à Hong Kong comportait des risques pour ma santé mentale ainsi que pour notre enfant. Je me sentais fragile et j'avais peur de prendre ce risque.  Quelle belle preuve d'amour de la part de mon chéri, de nous laisser derrière, bien entourés !

 J'ai filmé ma bedaine maintes fois, cet été-là !  J'envoyais des photos à Thierry régulièrement et nous nous sommes parlé souvent au téléphone. Puis, le jour prévu de l'accouchement, Thierry s'est pointé devant la porte, valise à la main, n'ayant averti que mes parents car il voulait me faire une surprise !  Il avait réussi à avoir 2 semaines de vacances, à mon grand bonheur. J'ai accouché 10 jours après son arrivée. Je ne donnerai pas de détails sur mon accouchement ici, mais si tu en as envie, j'en ai parlé  dans l'article ''Soins intensifs'' dans mon premier blog: Pantoufles et escarpins. Avec toutes les complications lors de l'accouchement et suivant celui-çi, je dois t'avouer qu'être entourée de ma famille et  mes amis fut certainement la plus belle chose qui puisse arriver.

Thierry est reparti pour Hong Kong alors que j'étais encore à l'hôpital. Cette journée a certainement dû être pour lui la plus difficile de sa vie. Par contre, il me savait hors de danger ainsi que Cédric. On allait vivre le premier mois de la vie de notre fils séparés, mais j'allais avoir du support de mes proches et j'étais entre très bonnes mains !

Quand Cédric a eu un mois, Thierry est revenu nous chercher.  De juin à octobre, il a fait trois fois l'aller-retour Ottawa-Hong Kong !  Peu après le baptême, nous sommes repartis tous les trois vers notre pays d'adoption. J'avais fait les valises de reculons, mon niveau d'anxiété était au plafond, j'ai dû verser toutes les larmes de mon corps mais nous n'avions pas le choix.  Ce n'était pas le moment de prendre les jambes à mon cou ! J'allais bientôt atteindre la limite de temps permise pour visiter mon pays natal, et notre nouvelle vie de parents nous attendait à l'autre bout de la planète. Je me suis retroussée les manches, donnée un coup de pied au derrière, et nous sommes retournés à Hong Kong, cette fois, en tant que famille ! 

Tu aimerais connaître la suite ?

Je t'invite à lire  le prochain billet, dans quelques jours !

Si tu as envie de me laisser un commentaire, c'est juste ici, en bas. Il me fera grand plaisir de te lire et d'y répondre. 



Hélène xx


samedi 24 mars 2018

Ces enfants aux supers pouvoirs








Il y a tout près de 22 ans, je terminais mon baccalauréat en psycho-éducation.  Je n'étais pas encore maman, mais je savais déjà que je voulais travailler auprès des enfants. Travailler auprès des enfants des autres m'enchantait puisque j'aimais me retrouver auprès d'eux, j'avais cette facilité à entrer en contact avec eux et j'étais littéralement en amour avec leur naïveté, leurs yeux pétillants et leur désir d'apprendre. Je trouvais fascinant de voir à quel point leur différence devenait leur force et ils avaient tellement à m'apprendre sur la vie et mon travail ! 

J'ai eu la chance assez rapidement de plonger dans le monde scolaire. J'y ai fait des rencontres extraordinaires. Des enfants aux supers pouvoirs, prêts à tout pour surmonter leur handicap, persévérants et allumés comme dix. Des enfants ayant des défis bien à eux, que ce soit au niveau du langage, social, académique, physiologique ou comportemental.  

J'utiliserai des noms fictifs pour vous en présenter quelques-uns.

Il y a eu Tristan...qui allait aiguiser son crayon à mine pour ensuite le planter dans la main de son seul ami dans la classe. Un jour, il a agrippé un autre élève au visage et lui a laissé des marques. Il arrivait que l'enseignant fasse sortir toute la classe quand il était en crise.  Il faisait tout tomber sur son passage. Tristan brisait un bâton de popsicle en deux pour s'en faire une arme. Il avait 6 ans. On en a fait du chemin ensemble en 6 mois. À la dernière journée d'école, il m'a sauté au cou, enroulé ses jambes autour de moi en me disant qu'il n'avait pas envie de me laisser. J'ai pleuré comme une Madeleine une fois qu'il fut parti. Malgré les crises, les gros mots, les insultes, les pipis dans les culottes pour se venger... Tristan avait le super pouvoir d'être attachant. Une grande fragilité et sensibilité se cachait derrière sa façade de roc.

Magalie, atteinte de trisomie 21, douce comme un agneau et très influençable. Intégrée dans une classe régulière, elle n'était pas du tout au même niveau que les élèves de sa classe. Je l'ai prise sous mon aile, et bien que ce n'était pas dans mes ''tâches'', j'ai joué le rôle de l'enseignante, cette année-là, prenant en charge le côté académique tout en la protégeant des vautours qui lui auraient fait faire les 400 coups. Jamais je n'oublierai son sourire, son charme...

Ben, autiste de haut niveau, asperger, calé en sciences et tant à nous apprendre.  Il avait toujours réponse à tout, impulsif envers quiconque contredisait ses dires... Cette année-là, il avait le plus beau costume d'Halloween de l'école entière, qu'il avait pensé et conçu de A à Z.  La créativité était son super pouvoir, tant dans ses projets d'art que dans sa façon bien à lui d'expliquer les mystères de la vie.

Comment oublier Jeanne...sans diagnostic précis, on devait réussir à l'apprivoiser afin de pouvoir l'approcher. Très renfermée, il lui arrivait de se cacher sous un bureau. D'une grande fragilité, peu de mots pour s'exprimer et de grandes difficultés à s'intégrer socialement. Dans une classe régulière, elle devait apprendre à faire face à tout ce beau monde, s'avancer académiquement et apprendre à vivre en société.

Guillaume, 5 ans, avait la paralysie cérébrale. Il communiquait à l'aide d'un ordinateur, avait besoin d'aide pour manger, découper et écrire. Il marchait à l'aide d'une marchette. Déterminé, il avait tout un caractère !  Et c'est ce qui le poussait à aller plus loin. Plusieurs années plus tard, je l'ai croisé alors que je visitais une école secondaire. Ça m'a tellement émue de voir ce beau jeune homme, sans marchette, arborant toujours ce même sourire !

En tant qu'éducatrice spécialisée, j'ai été témoin des plus belles victoires, des plus beaux sourires. J'ai vu des larmes de joie et de fierté . On m'a dit les plus beaux compliments, j'ai reçu les plus doux calins. On m'a dit ''je t'aime'', ''merci'', ''je m'excuse'', ''tu es belle''.

J'ai vu aussi les larmes de tristesse, de découragement. On m'a jeté au visage les pires insultes...accompagnées de coups de pieds et de ''je vais te tuer'', ''je t'haïs'', ''je vais te frapper'', ''f...you bitch...''. On m'a menacée de me faire pipi dessus. Je me suis fait mordre, pincée. J'ai arrêté de justesse un coup de poing. Enceinte de 3 mois, au bout d'un corridor sans issue, un élève de 10 ans m'a menacée de me frapper dans le ventre.

Ils ont touché mon coeur, mon âme, ma vie. Malgré ces gestes et ces paroles, je savais qu'au plus profond d'eux-mêmes, ils souffraient.  Je sentais leur besoin d'amour, de compréhension, d'encadrement.  Ces enfants aux supers pouvoirs ont tous une leçon à nous apprendre, jour après jour.  Ils m'ont enseigné les plus belles valeurs, de la résilience à la détermination.  Un tout petit objectif relevé se transformant en grande victoire, ces petits pas ouvrant la voie vers les plus belles destinations... Je suis fière d'avoir fait partie de leur vie.

Et pour ceux que je côtoie encore jour après jour, sachez qu'aussi longtemps que la vie en décidera ainsi, ils auront une place bien spéciale dans mon coeur. Ils mettent certainement ma patience à l'épreuve, mais malgré les journées parfois difficiles, je les aime tellement ! Nous sommes une équipe de feu avec un seul et même objectif: les voir s'épanouir et grandir.

Ils sont tous des super-héros.

                                                                             
Hélène xx





mardi 2 janvier 2018

Lettre à l'Adolescence avec un grand A



Chère Adolescence avec un grand A,


Ce soir, j'ai envie de t'écrire parce que je réalise que tu viens de me frapper à nouveau de plein fouet...  Moi qui pensais pourtant en avoir fini avec toi depuis belle lurette; ne devais-tu pas maintenant laisser place à la pré-ménopause ? Et bien il semblerait que je me suis trompée !

Cette belle lurette s'est pourtant dissipée comme par enchantement, puisqu'il me semble qu'encore hier, tu m'ensorcellais par tes sautes d'humeurs et claquements de portes, envahissais mon journal intime de peines d'amour et de rêves brisés.  Je me souviens t'avoir détestée par moments, avoir espéré sauter dans le monde adulte sans trop savoir que c'était une toute autre ''game'' pas nécessairement plus facile, tsé...

Je me souviens t'avoir connue alors que je portais mon chandail de laine bleu pâle, beaucoup trop ample, en superposition, question de cacher le peu de poitrine que j'avais...  Un legging blanc avec motifs de jaguar complétait ma silhouette inexistante. Mes cheveux châtains, crêpés au fer, une couette en fontaine et un toupet digne de Bonnie Tyler.  Je devais me tenir loin des sources de chaleur, surtout, avec tout ce fixatif ! À mes quelques couches de chandails s'ajoutaient autant de couches de maquillage, le bleu sur mes paupières s'agençait parfaitement bien à mon chandail préféré. Du fard à joues en quantité industrielle complétait le tableau digne d'un Picasso ! 

Tu as quand-même su m'épargner, malgré tout... en m'évitant de commencer à fumer malgré les occasions qui s'étaient présentées. En plaçant de bonnes influences sur mon chemin, une meilleure amie à qui je pouvais me confier, le jour comme la nuit.  En ayant la chance d'avoir des parents formidables, toujours ensemble, et deux grandes sœurs sur qui j'ai toujours pu compter, même malgré la distance qui nous a séparées et nos parcours bien différents. 

Et puis te voilà qui entre à nouveau dans ma vie... Cette fois, par l'entremise de ce que j'ai de plus précieux à mes yeux: mes enfants.   Ce que j'aimerais te dire, ce soir, c'est d'y aller mollo.  Les temps ont changé drastiquement depuis les années '80. C'est un autre monde, une autre réalité. Je ne me mettrai pas la tête dans le sable. Les réseaux sociaux, la légalisation prochaine de la marijuana, l'hypersexualisation, l'intimidation...  Je dois t'avouer que tout cela t'ajoute une toute autre dimension.  Ne pars pas en peur...et je tenterai de faire de même.  

Adolescence, je te demande ce soir de respirer par le nez...et saupoudrer ton dévolu par petites doses. Question de ne pas trop y goûter, tu vois ?  D'un côté comme de l'autre.  Juste assez.  Juste question de faire la transition comme il se doit mais de façon pas trop drastique.  C'est ce que je souhaite le plus au monde. Pour eux, pour moi aussi, on va se le dire. Parce que tu sais, moi aussi il m'arrive d'avoir des petites poussées d'hormones, par les temps qui courent. Et peut-être bien que d'ici peu, j'écrirai une lettre à ta chère amie la Ménopause avec un grand M...

Hélène xx



jeudi 28 décembre 2017

Notre Noël québécois en terre d'accueil chinoise




C'était notre deuxième Noël à Hong Kong, et notre premier en tant que parents d'un adorable garçon de trois mois.  Ce Noël-là allait être très spécial, car nous avions appris,  dix jours auparavant, que notre périple à l'étranger allait se terminer plus tôt que prévu. Au début février, nous allions retourner au Canada, à notre grand bonheur ! Cette annonce fut décidément notre plus beau cadeau de Noël. Nous allions nous établir près de Montréal, et mes proches allaient voir notre garçon grandir.



Il fallait fêter cette bonne nouvelle !  Nous avons alors pensé  inviter deux couples d'amis français que nous avions rencontrés à notre terre d'accueil.  Pourquoi ne pas leur faire vivre un Noël typiquement québécois ?  Mon mari, avec ses idées de grandeur, n'allait pas faire ça à moitié ! Il m'a facilement convaincue en me promettant qu'il allait s'occuper de tout.  J'ai insisté pour préparer un beau dessert, question de participer à ma façon, entre deux allaitements et quelques changements de couches.

Je me suis dit qu'il serait préférable de préparer mon dessert à l'avance. De cette façon, mon mari aurait toute la place nécessaire pour préparer son festin, le lendemain.  J'ai décidé de faire des chaussons aux pommes et canneberges, une recette de mon père que j'ai toujours trouvée réconfortante. Ils étaient si beaux, tout dorés et gonflés, semblant prêts à exploser de bonheur !  En versant le sirop dessus, pouf...mes petits bonheurs se sont vite transformés en cauchemars...  Ils se sont affaissés d'un seul coup et leur nouveau look trempé ne leur faisait pas honneur. La présentation dans l'assiette n'aurait pas été digne d'un grand repas...  Dommage, car ils étaient bons !  

Ce soir-là, j'ai donc décidé de faire des farandoles aux framboises (décidément, les petits fruits rouges étaient de mise, pour fêter Noël en grand).  Ce dessert, je l'avais fait au moins trois fois auparavant, et ce fut une réussite à chaque fois. Comment pourrais-je manquer mon coup ?  Ils étaient parfaits, mes petits rouleaux de pâte garnis de framboises... Lorsque je suis allée voir leur progression au four, HORREUR: ils gonflaient , ils étaient beaux, mais de couleur bleue  ! Je n'avais pourtant pas pris des bleuets pour des framboises ?  La pâte était d'un bleu couleur moisie, peu appétissante...bleue ! 


Il était 22h30; je me vois encore, accroupie devant le four, les deux mains accrochées après la poignée de ce dernier, pleurant comme une Madeleine !  C'était pathétique... J'étais épuisée, je riais et pleurais à la fois.  Mais qu'est-ce que j'allais faire comme dessert ?  Mon petit côté perfectionniste en mangeait un coup ! Je n'avais plus le choix que d'attendre au lendemain. La nuit porte conseil, comme on dit. J'ai fini par  préparer des coupes de fruits frais, en étages, avec coulis de sucre à la crème, recette de ma grand-mère.  Pas mal plus simple, mais ce fut un succès ! O.K., ce n'était pas aussi joli que sur la photo, mais quand-même... Pour une jeune maman en manque de sommeil et d'inspiration, c'était  parfait !


Thierry a travaillé fort toute la journée. Il a préparé une belle grosse dinde ainsi qu'une farce, sans oublier une magnifique tourtière avec un beau bonhomme de neige découpé dans la pâte pour orner cette belle grande tarte à la viande, recette de sa mère. Tout était prêt pour faire vivre un Noël digne des québécois à nos amis français. Notre ami Jean-Marc apporta une bouteille de champagne, qu'il a 'sabrée' à la fenêtre avec succès. Comme il travaillait pour une prestigieuse compagnie de cristal, il nous a offert 2 superbes coupes en cristal (qui sont toujours dans leur boîte, d'ailleurs, par manque d'espace dans nos armoires !) ainsi qu'une belle carafe.

La dinde était parfaite, dodue et dorée à souhait !  En la sortant du four, la rôtissoire d'aluminium a pliée, et plein de gras s'est retrouvé sur notre plancher de marbre noir fraîchement lavé, les pantalons de Thierry et mes bas de nylon !  Heureusement, la cuisine n'était pas visible de la salle à manger !  Nous voulions faire une belle présentation, comme on voit dans les films...une belle grosse dinde dans un plat de service, n'est-ce pas réjouissant et appétissant ?  Thierry empoigna son oeuvre d'art pas les cuisses afin de la transférer dans la belle assiette de service.   Les 2 cuisses lui restèrent dans les mains, accompagnées non pas de la farce mais de nos fous rires !  Je lui demandai alors:  ''Allons-nous vraiment nous ouvrir un Bed and Breakfast à notre retour au Canada ?''  Nous avons servi les assiettes dans la cuisine; tant pis pour le plat de service !



La tourtière n'étant pas tout à fait à point, Thierry l'a laissée au four pendant que nous mangions l'excellente dinde. Vous me voyez venir, là, n'est-ce pas ? Pendant le souper, j'ai rappelé à Thierry que la tourtière était au four. Il s'est aussitôt précipité à la cuisine puis est revenu en me demandant si je voulais aller servir la tourtière, affichant un petit sourire en coin. Que pouvait-il arriver de plus ? La tourtière était calcinée !  On pouvait voir le bonhomme de neige en relief sur la pâte, tout aussi noir que le reste. Ce fut le clou de la soirée ! Nos invités ont insisté pour goûter à l'intérieur de la tourtière, n'ayant jamais goûté à ce mets de leur vie .


Cédric et moi, Noël 2000, Hong Kong
Quelle belle soirée ce fut... Nous avons eu beaucoup de plaisir et nos amis français doivent se remémorer tous les ans, ce beau Noël québécois, digne des Elvis Gratton de ce monde !  Pour notre part, ce souvenir n'est pas prêt de s'effacer de notre mémoire, et il me fait sourire, chaque fois que j'y pense.  Un moment escarpin qui s'est transformé malgré nous en pantoufle, mais que de plaisir en cette soirée ! 


Après tout,  ne trouve-t-on pas le plaisir et le bonheur dans la simplicité des petites choses ?

jeudi 19 octobre 2017

Ces nombreuses fois...#moiaussi

Cette fois où ce pur inconnu s'est arrêté devant l'abris d'autobus, m'abordant comme ceci: ''Je te donne 20,00 $ si tu me fais une pipe...''  à 16 ans. 

Cette fois où ce gars, rencontré depuis peu, s'est fait insistant et m'a dit: ''Dans le fond, je sais que c'est ce que tu veux aussi...''   à 23 ans.

Cette fois où mon collègue de travail m'a embrassée de façon impromptue, devant d'autres collègues dans un party.  Ce même collègue, qui se plaisait à me faire des commentaires déplacés, au travail, au téléphone...qui a insisté pendant des mois malgré mes nombreux refus, à 27 ans.






Cette fois où cet inconnu en a profité sur le plancher de danse d'un bar pour me poser la main sur une fesse...à 24 ans.

Cette fois où un autre collègue m'a dit, à plusieurs reprises: ''Je t'ai déjà dit de ne pas te pencher de même devant moi !''  à 26 ans.

Cette fois où mon gérant m'a dit: ''Tu sais que si tu viens à la convention avec moi, on devra dormir dans la même chambre...''  à 21 ans.

Ces nombreuses fois, ces gestes, ces paroles...je ne les ai jamais oubliés. Il n'y a pas de petits gestes, d'incidents isolés, de paroles envolées, d'erreurs de jugement. De tels gestes, de telles paroles, sont inacceptables et doivent être dénoncés. 

J'ai pu fuir, la plupart du temps...sauter dans le prochain autobus, prendre la porte, quitter mon emploi.

Il reste qu'avec du recul, je réalise à quel point ces paroles et ces gestes étaient abusifs et en atteinte à mon intégrité.

Je souhaite de tout coeur que ce mouvement permettra aux victimes de sortir de l'ombre et trouver la lumière.

Hélène xx




 



vendredi 4 août 2017

Lettre à la fille de 30 ans que j'ai été






 Il y a 2 ans, j'écrivais à la jeune fille que j'ai été, à 20 ans (pour le lire, c'est ici)  Je me suis dit qu'il serait intéressant de refaire l'expérience en écrivant à l'adulte de 30 ans que j'ai été.J'ai adoré faire cet exercice et je vous le conseille fortement. Ça nous permet de prendre du recul et selon moi, il n'y a personne de mieux placé que nous pour se comprendre et se parler.

Chère Hélène,

Te voilà maintenant maman et mariée !  Dire qu'il y a 2 ans à peine, ta vie faisait un virage à 180 degrés, suite à la rencontre d'un homme qui allait tout changer. Parce que la vie est faite ainsi: de rencontres, de voyages, de virages, de changements, de décisions à prendre, d'imprévus et d'expériences de toutes sortes.

Toi qui rêvais de trouver ton prince charmant, celui qui allait t'accepter avec tes qualités (aussi nombreuses soient-elles !) , mais tes défauts aussi !  Celui qui allait t'ouvrir son coeur et être prêt à faire un bon bout de chemin à tes côtés. Dire qu'en 3 mois seulement, tout ton univers allait être chamboulé et que tu allais prendre la décision la plus importante de ta vie. Tu as choisi de tout laisser derrière et aller rejoindre ton nouvel amour à l'autre bout du monde, Hong Kong, plus précisément.  Vous vous y êtes mariés et êtes revenus à trois, en 2001, votre beau Cédric dans les bras. Décidément, l'an 2000 aura été toute une porte d'entrée vers ta trentième année !

Cette expérience fut des plus enrichissantes, culturellement, mais aussi une des plus angoissantes pour toi. Se retrouver dans un pays étranger, pour y voyager mais surtout pour y vivre, comportait son lot de défis.  Devenir maman à l'étranger, peut bien sûr faire en sorte que tu t'isoles et te donne entièrement à ton bébé, voulant le protéger à tout prix et te protéger également.  Facebook n'existait pas encore...ni Facetime, ni Skype. Alors tu écrivais des lettres, parlais au téléphone et écrivais dans ton journal intime, cadeau offert par ta grande soeur dans le but que la famille puisse lire tes aventures et mésaventures à la fin de ce long périple. Écrire t'a beaucoup aidée à passer à travers cette expérience et tes premiers mois en tant que maman. 

À cet instant de ta vie, beaucoup en toi a changé.  C'est à ce moment, à l'aéroport, que le cordon s'est vraiment coupé avec ta mère.  À 28 ans, il était plus que temps, non  ? Bien que tu n'habitais plus chez tes parents, un filament y restait toujours accroché et te refusait sans le savoir, de te faire entièrement confiance et de foncer dans la vie. Mais là, tu n'avais plus le choix ! 

Là-bas, tu a appris à te débrouiller toute seule. L'horaire de ton futur mari faisait en sorte qu'il travaillait des heures impossibles et qu'il arrivait tard à la maison. Alors toi, tu en a marché un coup ! Tu as appris à prendre le Métro, à jouer du coude sur les trottoirs pour te frayer un chemin, tu t'es perdue à maintes reprises et retrouvée par toi-même, a fait de belles rencontres de femmes québécoises, françaises, chinoises... Tu t'es émerveillée, a appris à cuisiner autre chose que du surgelé, a appris à vivre en couple et quelques mois plus tard, à devenir une maman. Tu t'es aussi beaucoup ennuyée, rêvé de sauter dans le prochain avion à maintes reprises et a beaucoup pleuré.

Bref, ta fin vingtaine-début trentaine t'a propulsée telle une catapulte dans la vie, n'est-ce pas ? De grands changements en si peu de temps. Un accouchement ponctué de plusieurs complications. Des mélanges d'émotions constants, allant du bonheur à l'ennui, de l'extase à la tristesse, de la reconnaissance à la colère, de la confiance à l'insécurité, et j'en passe ! 

Ce bagage d'expérience t'aura rendue plus forte, tout en t'ayant fragilisée. Avec du recul, il est clair que cette aventure t'a beaucoup appris et t'a énormément apportée, mais elle a aussi laissé une blessure qui tarde à se cicatriser.  En ce début trentaine, nouvellement maman et mariée, il est primordial d'y voir et de panser tes plaies afin que tu puisses profiter pleinement de cette nouvelle vie qui s'offre à toi. Après tout, tu es maintenant de retour parmi les tiens, tu as un bébé en santé malgré l'accouchement difficile et tu as un mari qui t'aime plus que tout ! 

Et qui sait ? Peut-être que votre famille s'agrandira dans un avenir rapproché et que tu seras alors  outillée davantage pour mieux profiter des petits et grands bonheurs et pour affronter les embûches que la vie mettra sur ta route. S'il t'arrive encore de te perdre (physiquement, professionnellement, et émotivement), je te souhaite de te retrouver, tout au long de ta vie, comme tu as si bien sû le faire à Hong Kong.


Hélène, 45 ans 

Vue du balcon, Discovery Bay, Hong Kong



jeudi 3 août 2017

Puisque le temps, lui, n'attend pas...

En ce petit matin tranquille, j'ai eu envie de partager avec vous un billet que j'ai écrit il y a quelques années sur mon blogue Pantoufles et escarpins. Peut-être parce que je réalise de plus en plus à quel point le temps file... Probablement parce que mes 2 enfants viennent de terminer le primaire et le secondaire, et que cette année de congé, prise pour travailler sur mon entreprise, tire à sa fin ! Alors voici:

Le temps file, se faufile, se défile... Il poursuit son parcours sans jamais s'arrêter, nous surveillant du coin de l'oeil, sourire en coin, montre à la main. Le temps court...pris de panique, crie au feu et se pousse. Le temps ne fait que passer à la vitesse lumière, foudroyant sur son passage ceux qui n'ont su le défier.

Puisque le temps, lui, n'attend pas après le bonheur...il fait ce qu'il a à faire, de seconde en seconde, sans se poser de questions. Il garde sa vitesse de croisière et se fond dans le décor...pendant que certain le regarde passer sans crier gare. 

Puis, il frappe...parfois fort, causant la pire des tempêtes, celle qu'on n'a pas vu venir. Il nous surprend sournoisement, sans avertir, engouffrant avec lui nos plus beaux rêves d'avenir. Le temps nous a glissé entre les doigts, s'est enfuit à vive allure et ne reviendra pas. 

Alors...qu'attendons-nous pour défier le temps et vivre intensément chaque moment qui nous est offert? Puisque le temps, lui, n'attend pas...il n'en tient qu'à nous de vivre la vie dont on a droit. N'attendons pas le bonheur, créons-le, ici et maintenant. Une parole, un geste, un sourire...et on va changer le monde, une seconde à la fois. 

Quelle est votre recette pour profiter du moment présent ?